Mais pourquoi tu pleures ? 1


Certains posent la question avec agacement, d’autres avec compassion, d’autres par curiosité… Mais c’est sûr, personne ne comprend vraiment. Même pas toi-même. Oui toi, qui pleure tout le temps. Sans raison. Tu ne fais rien d’autre, tu rentres, tu t’assois, tu pleures. Et ça ne te soulage pas. Ça ne s’en va pas.

C’est presque ridicule. Pourquoi tu pleures ? Ils se demandent et toi tu ne sais pas. Peut-être que tu sais en fait, peut-être que tu as essayé de chercher. Parce que quand même, quand tu pleures comme ça il y a une raison, non ?Personne ne pleure sans raison. Ils te le disent tout le temps, personne ne pleure sans raison.

Mais pourquoi tu pleures ?  Tu as tout ce qu’il faut pour être heureux, ils te disent. Certains en sont convaincus, d’autres hésitent, d’autres te mentent mais qu’importe, toi tu sais que tu n’es pas heureux. Tu sais. Tu ne pleurerais pas toutes les larmes de ton corps le soir quand tout le monde est parti, que les fenêtres sont closes et que tes yeux brûlent.

Pourquoi tu pleures ?  Tu ne sais pas. Et eux ils cherchent la cause de tes malheurs. Parce qu’ils disent qu’ils faut trouver des solutions. Il faut chercher la cause. Pourquoi tu pleures ? Je ne sais pas. Mais ce n’est pas une réponse, je ne sais pas. C’est pas ce qu’ils veulent entendre, il y a toujours une raison. Parce qu’il faut soigner la cause, pas les conséquences.

Mais pourquoi tu chiales comme un gosse sans raison ?  Peut-être que t’as besoin qu’on te foute la paix. T’as peut-être besoin de ne pas être surveillé. T’as sûrement besoin qu’on te rassure, être entouré d’amour. Parce que tu n’aimes pas les reproches difficiles, les jugements faciles et les insultes inutiles. T’as sûrement besoin qu’on te soutienne, qu’on te retienne, que tu appartiennes à quelque chose, à quelqu’un, quelque part. T’as besoin qu’on te réponde, qu’on te regarde plus souvent comme il la regarde, lui là-bas, et elle là, tu la vois ? Elle est heureuse, pourquoi pas toi ?

Pourtant faudra que tu t’expliques un jour. T’essaies un peu de temps en temps, mais quand t’essaies c’est jamais assez. Tu ne sais pas comment faire. Comment expliquer. C’est vrai quoi, comment t’expliques à tous ces gens que tu pleures parce qu’un truc s’est brisé en toi il y a quelques années de ça. Et que ça ne part pas. Ça ne part pas. Des années plus tard, tout a changé mais tu pleures toujours. Tu as tout reconstruit mais tu pleures toujours. Comment t’expliques à tous ceux-là qui croient, que ça va passer, que c’est ta crise d’ado, que c’est ta crise d’adulte, que c’est ta crise tout court… Comment tu leur dis que tu ne dors pas depuis des semaines, des mois, années entières. Que la crise c’est censé passer et que là, ça dure, c’est comme une vague qui te recouvre à chaque fois plus fort, à chaque fois plus profond. Et qu’au final, tu te laisses faire, tu te noies. Comment tu leur expliques que tu as mal depuis tout ce temps et que ça ne part pas ?

Mais pourquoi tu pleures ? Tu pleures parce que tu sais que le jour où ça s’arrêtera, ta vie aussi sera finie. Tu pleures parce que tu as déjà essayé de faire que ça s’arrête. Une fois. Deux fois. Plusieurs fois. Mais t’es qu’un lâche, tu ne veux pas avoir mal, mais t’as envie que ça s’arrête.

C’est dur hein, d’être lâche ? Faut aller voir un psy, mon gars, moi j’peux pas t’aider plus que ça. Si il pourrait. Il pourrait te dire que la vie c’est fait de hauts et de bas. Il pourrait te dire que toi, t’es tellement bas déjà, que tu peux pas aller plus loin dans tous les cas. Alors c’est le moment de te relever. De rattraper le temps que t’as perdu à pleurer. Il pourrait te dire qu’il faut avancer maintenant. Il pourrait juste te prêter son épaule. Pour pleurer c’est plus confortable, il paraît.

 

 


Je sais que j’ai déjà écrit sur le mal-être, la dépression saisonnière notamment mais il me semble que plus je vais et plus je me rends compte que beaucoup de personnes sont atteintes de ces petits (ou grands) troubles qui affectent le quotidien. Si me lire vous aide, tant mieux. Mais j’espère surtout  que ça aide certains d’entre vous à aider d’autres personnes : beaucoup ne savent pas réagir, beaucoup ne comprennent pas. Et même si vous ne comprenez pas, souriez. Restez bienveillants et tolérants. Ça change des vies.


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