Miroir, dis-moi la mort…


 

Dis-moi que cette moto ne l’a pas percutée. Dis-moi que deux jours plus tard, à ses blessures, elle n’a pas succombé, et que la vieille femme n’est pas passée de l’autre côté. Dis-moi simplement qu’elle n’est pas partie, en laissant des enfants, des petits-enfants,et toute une famille désespérée, sans repères, devant cette fatalité si brusquement arrivée. Dis-moi que le chauffard s’est excusé. Dis-moi qu’il ne s’est pas enfui avec lâcheté, négligeant, comme si c’était naturel, ses fautes et ses responsabilités. Dis-moi que, depuis, il n’arrive pas à fermer l’œil de la nuit et qu’il a renoncé, à son penchant pour l’alcool, au guidon de sa moto assassine. 


Une ancienne habitude, sûrement. Et impunie… Même s’il y a à présent une victime. Aucun coup médiatique, pas de polémique. Mais une âme envolée, et des cœurs, qui eux, battent toujours, mais machinalement, sans plus aucune raison de continuer. Ils ont perdu une mère, une épouse, une sœur. Ils sont en pleurs car une femme forte, en pleine santé, et qu’ils ont aimée de tout leur cœur, a eu le malheur d’avoir un rendez-vous chez le dentiste. 
Le mauvais endroit, au mauvais moment, c’est peut-être comme ça, qu’elle nous prend, la mort. Pas besoin d’être mourant sur son lit d’hôpital, elle peut nous attraper dans les transports, au cours d’une leçon de tennis ou tout simplement en étant assis sans aucun souci dans son salon. Et c’est peut-être ce caractère imprévisible qui rend la mort si inacceptable. 

Tout est éphémère.

Moi, ce que je fais dans cette histoire ? Je regarde, impuissante. Je regarde, du haut de mes 17 ans d’affreuses réalités. Je comprends que le monde n’a jamais été ce que j’avais imaginé. Je me rends compte que mes contes de fées viennent de disparaître à jamais. Depuis, j’ai grandi, je vois la vie autrement, et beaucoup moins gaiement. J’ai appris que tout est éphémère, que profiter de ce qu’on est et de ce qu’on a devrait être notre seule préoccupation puisque l’on ne peut rien faire devant un passé qu’on n’a pas le pouvoir de changer et un avenir mystérieux dont même l’existence n’est pas prouvée.

Je ne pouvais que confier ce drame. Laisser une trace, afin qu’au moins une personne quelque part partage la douleur et le désarroi d’une famille prise par surprise. Que quelqu’un songe pendant une seconde à la valeur inestimable de la vie, de sa vie. 

 

 

C’était en mars 2012. J’habite encore à Madagascar. C’est mon premier vrai article publié. La situation m’a choquée et j’ai envie de le dire. Je les regarde pleurer, impuissante. Et là je me rends compte que la vie est injuste. Je veux le crier, le hurler. Tout le monde le sait.

Je le publie à nouveau ici parce qu’il est toujours criant d’actualité. Beaucoup de crimes restent encore impunis chez moi. La plupart des gens oublient ce qui est arrivé et moi, je pense à eux, ceux qui l’ont vécu de près, à ceux qui ont perdu quelqu’un de proche ce jour-là.

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