Histoire d’une pause


De temps en temps je prends le temps et je fais une pause. J’arrête le temps. Non je fuis le temps. Je recrée le temps et je redessine l’univers. A ma manière. Ça met deux secondes, comme deux minutes, comme deux bons mois. Ça dépend de la pause.

De temps en temps je fais une pause. Aujourd’hui, je fais le tri, je range, je plie, je me rappelle et j’oublie. Aujourd’hui j’efface, je choisis de gommer, de sublimer, ou de tout arrêter. Aujourd’hui je suis acteur de mon ménage, de mon bordel et de ma vie en quelque sorte. Oui, fini la déprime, on se renouvelle. Qu’avait dit le psy déjà ? Le bordel c’est jamais bon, dans la tête comme à la maison. Je le prends au mot. Je mets les mots sur les choses. Les détritus à la poubelle, les histoires au placard et les vêtements dans les armoires. Dépression, finie. Larmes, avalées. Sourire, en place. Enthousiasme, à toute épreuve. Pause. On repart et on renouvelle. Aujourd’hui, je fais le tri, je range, je plie, je me rappelle et j’oublie. Alors pourquoi le bordel dans ma tête n’est pas parti ?

De temps en temps, je fais une pause. Je me surprends parfois à ne rien faire et rêvasser en l’air. J’arrête le temps, je regarde le plafond. Dans le noir. Dans le silence. Je ne sais pas si c’est l’espoir ou l’innocence, mais déjà dans ma jeunesse, je mettais la vie sur pause, d’une page à l’autre d’un mauvais livre, d’un cours ou d’autre chose, je m’allongeais mécaniquement sur le dos et faisais en sorte que mes pensées volent, qu’elles volent comme des oiseaux lâchés dans les airs, comme un feu d’artifice. Des oiseaux qui volent vite, disparaissent, reviennent et vivent. Suffisait d’une mélodie un peu douce, et mes pensées perdaient le fil, je me laissais aller dans ce tourbillon d’images qui arrivait et qui repartait aussi vite en fumée.

De temps en temps je fais une pause. Pause-café. Trois pauses café par jour. Ils disent que ça détend, au travail. Ça fait une coupure, ils disent. Alors on fait des pauses. On travaille comme des dingues, et puis on fait des pauses. Aussi stressantes les unes que les autres. Ils quittent chacun leur bureau comme des automates. Ils s’approchent, ils se parlent, ils se voient. Mais ils ne s’écoutent pas, ils ne se regardent pas. Et les voir, tous en train de parler de leurs problèmes. Brouhaha un peu surréaliste où chacun ne parle que de lui-même, et personne ne t’écoute. Chacun s’écoute. Comme une thérapie. Une thérapie collective, ou peut-être individuelle.

De temps en temps je prends le temps, je fais une pause. J’arrête le temps. Non je fuis le temps. Je fuis les gens. Je recrée le temps et je redessine l’univers. A ma manière. Je me déconnecte. Je ne parle plus, je ne vois plus, je n’écris plus. Je ne les connais plus. Ça met deux secondes, comme deux minutes, comme deux bons mois. Ça dépend de la pause. J’arrête pour mieux revenir. Je fais des pauses, pour mieux repartir.


PS :

J’aime bien regarder la vue, prendre un peu de hauteur
Prendre le temps, prendre du recul, prendre les choses moins à cœur
J’aime bien faire une pause, penser à toi et sourire
Te sentir près de moi et te regarder dormir

Pause – Grand Corps Malade

 

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