La chambre, ou le théâtre de l’existence

Article : La chambre, ou le théâtre de l’existence
Étiquettes
26/04/2015

La chambre, ou le théâtre de l’existence

Innocence. Je suis née dans une chambre baignée de lumière. Un endroit joli mais sans grande décoration. Des murs blancs, des draps sans couleur une atmosphère magique d’amour et l’odeur des endroits d’avant. J’ai ouvert les yeux dans cette chambre blanche, dont les rideaux fleuris flottaient doucement au rythme d’une petite brise d’automne. Une lueur d’espoir illuminait un regard déjà trop curieux d’apprendre mais souvent enfermé dans un sommeil tendre.


Enfance. Cette chambre a pris des couleurs au fur et à mesure des traces de doigts plein de peinture sur ses murs. Bêtises de gosses et joies faciles ont teinté de rouge, de bleu, de jaune, ma petite vie d’insouciance fragile. Heureuse des centimètres que je gagnais trop vite, j’ai appris à marcher, à tomber, à courir et limite, à habiter cette chambre beaucoup trop propre pour moi et mes pas trop rapides.


Décadence. Il fallut plus de couleurs encore sur les murs quand, à l’âge ingrat entre l’enfance et l’outrance, elle commença à devenir mon refuge. Fenêtres fermées, rideaux tirés, lumière artificielle, je méditais. Durant ces instants de paix fragiles que je gagnais à m’y enfermer, je découvrais le luxe de ne pas être dérangé, lors de mes angoisses existentielles et mes rencontres avec les étincelles de l’amour incompris. Age où seul le soleil ne s’enferme pas, j’ai appris dans ma chambre que les solitaires ne peuvent s’exprimer que dans leur aire.


Effervescence. Devenue étudiante, elle m’a servi de cuisine mais aussi de salon. Ma chambre était devenue ma maison et ma maison l’occasion de toutes les déraisons. A l’heure des réceptions et des soirées tardives, ma chambre était devenue le repère des gangsters, le radeau des damnés et là où on semait la poudre comme la poussière le soir entamé. La nuit tombée, la ville reprenait son souffle et on passait des heures à rêver de l’avenir, d’une vie meilleure, et des jours où enfin une vie prospère remplacerait la galère.


 

Ma chambre verra tout, elle me suivra, de l’accouchement à l’agonie, de l’amour aux détours de la méditation et des angoisses. Bien des instants me mèneront à elle, le sommeil, l’amour, la méditation. Elle sera le théâtre des premières comme des dernières années de ma vie. De l’innocence à la sagesse. Du rêve à la réalité. 

Partagez

Commentaires