26/11/2015

La vingtaine

 » Hier encore j’avais vingt ans, je caressais le temps et jouais de la vie comme on joue de l’amour, et je vivais la nuit sans compter sur mes jours qui fuyaient dans le temps. J’ai fait tant de projets qui sont restés en l’air. J’ai fondé tant d’espoirs qui se sont envolés que je reste perdu ne sachant où aller les yeux cherchant le ciel mais le cœur mis à terre …  »

Moi, aujourd’hui j’ai vingt ans et alors que je m’accroche au cinéma d’animation comme à une bouée de sauvetage dans l’océan obscur de la maturité et de la responsabilité, je me rends compte que j’aimerais moi aussi caresser le temps, plus longtemps encore et l’arrêter. Le problème c’est que le temps file. Il file à une vitesse qui m’étourdit. Et bim, une heure passée, bim une journée partie trop vite, vlan une semaine, et des mois passés comme ça sans trop les voir. Sans trop les vivre.

Et pourtant, c’est encore le bordel dans mon esprit. Et le temps fait la course. Je range un coup, et hop une nouvelle année qui chamboule tout encore. Peut-être que ça va trop vite pour moi. Les projets se bousculent, les gens passent, repartent et reviennent pour certains, disparaissent pour d’autres, j’ai appris ci, j’ai oublié ça, et puis tiens, c’était comme si c’était hier. Je viens d’arriver, il faut déjà repartir, et les changements arrivent, une embrouille, un amour et une amitié par ci, un échec, une déception et une surprise par là. Les saisons s’enchaînent, les fruits aussi, les feuilles dans les arbres changent de couleur devant ma fenêtre. Et moi, je suis là, j’écris, je n’écris plus et puis je reprends parce que le temps fait la course et que moi faut que je me pose.

 » Hier encore j’avais vingt ans, je gaspillais le temps et croyant l’arrêter et pour le retenir même le devancer je n’ai fait que courir et me suis essoufflé, ignorant le passé, conjuguant au futur, je précédais de  »moi », de moi toute conversation et donnais mon avis que je voulais le bon pour critiquer le monde avec désinvolture  »

Je veux tout lire, tout écrire, tout dessiner, tout entreprendre et refaire le monde et puis je me rends compte que j’ai déjà vingt ans. Peut-être que ça va trop vite pour moi. J’ai peut-être grandi trop vite, j’ai peut-être sauté des étapes. Mais grandir n’a jamais paru aussi difficile. Certains disent qu’on est adulte à dix-huit ans, d’autres préfèrent attendre vingt et un, moi je ne sais pas. Je crois qu’on est adulte quand on se rend compte que la vie est trop courte. Et puis carpe diem. On s’en fout, on plaque tout, on part.

Et pourtant tout est à faire. Mille questions me taraudent, il y a des millions de choses à construire. Et pourtant les jeux sont faits. Tout est accompli, on est grand, on a déjà brûlé nos cartes. Faut qu’on décide ce qu’on veut devenir. Et depuis tes quinze ans on te demande ce que tu vas faire quand tu seras grand. Tu réponds toujours : je ne sais pas, j’hésite. Mais à vingt ans, t’as plus le choix, tu décides. On a décidé, c’est une fatalité et on ne peut plus rien changer. On fait quoi maintenant ? On passe sa vie à faire ce qu’on a décidé à 20 ans.

 » Hier encore j’avais vingt ans et j’ai perdu mon temps à faire des folies, qui ne me laissent au fond rien de vraiment précis, que quelques rides au front et la peur de l’ennui, car mes amours sont mortes avant que d’exister. Mes amis sont partis et ne reviendront pas. Par ma faute j’ai fait le vide autour de moi, et j’ai gâché ma vie et mes jeunes années du meilleur et du pire, en jetant le meilleurs. J’ai figé mes sourires, j’ai glacé mes pleurs. Où sont-ils à présent, mes vingt ans ?  »

Demain je dirai  » Hier encore j’avais 20 ans  », et le lendemain, je me sentirai peut-être plus jeune qu’aujourd’hui et j’aurais peut-être de toute façon l’impression que le bonheur s’enfuit toujours, que la vie fait la course et que finalement, la vie est trop courte.

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Commentaires

Ta plus grande fan
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Magnifique ! Tu as totalement raison, c'edt assez angoissant de voir le temps filer aussi vite...